Le surdoué qui passait pour un cancre

Petite séquence vécue récemment en classe :

Mon petit groupe de CE1 travaille sur le calcul réfléchi de l’addition de type 23 + 40 (fichier Picbille), en autonomie dans un premier temps car je suis avec mes CE2. Ils disposent des boites et des jetons pour manipuler. Après 15 min, je reviens vers eux et m’aperçois qu’un seul des élèves n’a pas réussi l’activité, semble s’être embrouillé complètement et n’a noté que deux résultats erronés. Je prends le temps de lui expliquer à l’aide des boites la technique préconisée par le fichier qu’il finit par comprendre. Je lui demande ensuite quelle technique il a lui essayé de mettre en place. Voici le comparatif :

Méthode classique pour calculer 23 + 40 :
20 + 40 = 60
60 + 3 = 63

Méthode de l’élève en question :
Double de 40 = 80
40 – 23 = 17
80 – 17 = 63

Cet élève est un surdoué (l’utilisation du terme précoce est plus souvent utilisée mais à tort) qui a été testé l’année dernière après avoir eu un début de CP catastrophique. Il dispose d’un QI très élevé et donc d’un potentiel intellectuel énorme. Le fait qu’il veuille utiliser les doubles pour résoudre ce type de calcul est typique des enfants ayant ce genre de profil (ils s’amusent avec depuis tout petit). C’est donc sa technique à lui, ce qui ne veut pas dire qu’il la maitrise encore suffisamment. Il est surdoué mais pas encore brillant dans le sens scolaire du terme, il écrit mal, lit encore difficilement, ne soigne pas son travail, bref passe facilement pour un cancre… et pourtant le potentiel est là, le désir d’apprendre aussi. Pas facile pour nous enseignants de réussir à prendre en compte ce type d’élève, le manque de formation sur le sujet est indiscutable. Pourtant, nous en avons tous régulièrement dans nos classes en le sachant … ou pas, car il représentent de façon immuable 2,1 % de la population. Hasard de la génétique, être surdoué ne s’acquiert pas, on l’est ou pas dès la naissance.

Si cela vous intéresse, j’ai découvert l’année dernière (de façon ironique par l’intermédiaire d’une mère d’élève surdoué … et oui encore un …) le livre qu’il faut avoir lu sur le sujet :
« L’enfant surdoué, l’aider à grandir, l’aider à réussir », écrit par Jeanne Siaud-Facchin.
J’ai trouvé cet ouvrage tout simplement génial, le langage est accessible, et il offre de nombreux exemples vécus qui vous feront « tilt » si vous avez un surdoué dans votre classe. Ne vous attendez pas à y trouver des solutions pédagogiques (il y a malgré tout quelques pistes à explorer), mais surtout un descriptif très bien fait du fonctionnement de l’intelligence de ces drôles de zèbres comme elle aime à les appeler.

Voici quelques éléments que j’ai pu en retenir, en espérant ne pas déformer ses propos (le mieux étant de lire le livre) :


Être surdoué, ce n’est pas être un génie, c’est penser dans un système différent, c’est disposer d’une forme d’intelligence particulière.

La terminologie d’enfant intellectuellement précoce est erronée. Il s’agit en fait d’enfants surdoués, c’est-à-dire ayant un fonctionnement intellectuel différent et une personnalité singulière (en gros des cerveaux droits plutôt que des cerveaux gauches). Un enfant peut avoir une précocité dans un domaine ou plusieurs, cela ne veut pas dire qu’il fait partie de ces enfants surdoués. Même si évidemment un surdoué est souvent précoce dans certains apprentissages (langage, marche, lecture), mais pas toujours.

Les surdoués représentent 2,1 % de la population, soit 450 000 enfants scolarisés en France.

Être surdoué est une composante génétiquement programmée, ce type d’intelligence ne peut jamais s’acquérir par des apports extérieurs.

Être surdoué n’a rien à voir avec le milieu socioculturel.

Ne pas confondre un élève brillant et un élève surdoué. Même si les deux caractéristiques peuvent aussi aller de paire.

45 % des élèves diagnostiqués surdoués redoublent, 20 % n’atteignent pas le bac.

Un enfant surdoué de 10 ans ne pense pas comme un enfant de 14 ans, c’est-à-dire avec 4 ans d’avance sur son âge mais pense dans un système dans lequel un enfant de 14 ans ne pensera jamais.

Être surdoué ne signifie pas être plus intelligent que les autres mais fonctionner avec un mode de pensée, une structure de raisonnement différente.

Cette intelligence atypique rend souvent difficile son adaptation scolaire et même sociale.

L’enfant surdoué est doté d’une sensibilité extrême, d’une perception sensorielle exacerbée. 

« Proposer à un enfant surdoué un apprentissage simplifié est aussi nocif que de proposer un apprentissage trop complexe à un enfant déficient (désinvestissement et troubles du comportement). »


Je vous propose également un document de référence sur éduscol à voir ici.

Enfin voici le lien de l’ouvrage :

7 commentaires sur “Le surdoué qui passait pour un cancre

  • 24/11/2016 à 7 h 43 min
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    précoce est utilisé à tort mais surdoué aussi, parce que les deux tiers des enfants à haut potentiel ne réalisent par ce potentiel en étant surdoué en classe.
    Ici, famille de HP des deux côtés donc, surdoué ne s’applique qu’à 1 seul d’entre nous parmi les 30 et quelques repérés (les autres, on n’a aucun doute mais ils ne sont soit pas testés soit pas suivis). Le haut potentiel mène d’abord et toujours à l’échec scolaire pour 2/3 de ces enfants là. Un tiers avant la 3e, un deuxième tiers avant le bac.

    Le HP n’ a justement pas forcémetn de structure de pensée, car il ne sait pas souvent comment il pense. En général, il a plutôt une vitesse de traitement de l’information dûe à une bien meilleure et plus performante myélinisation des circuits neuronaux (gainage plus épais, qui rend la transmission d’info plus rapide entre les neurones) qui fait qu’il ne sait pas comment il a fait ou su, mais il est spur de savoir (d’où les soucis de « insolence » repérés à tort encore par certains collègues). L’autre grande souffrance est justement qu’avaler des infos facilement, le met très au fait de ce qui se passe, et en fait un être tellement sensible qu’il passe pour immature, alors même que la question de la maturité n’est pas en cause.
    Bref, difficile

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  • 24/11/2016 à 7 h 46 min
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    Quant au QI « élevé », on peut en reparler, c’est beaucoup plus complexe que ça, et il ne faut pas s’attendre forcément à un QI total élevé, car des subtests sont échoués régulièrement par les HP soit parce qu’ils sont hétérogènes, soit çà cause de leur particularité qui les feront réfléchir longuement aux attendus d’un test ou encore prendre une consigne au pied de la lettre. Ce qui est élevé, c’est parfois le QI total, mais souvent plutôt deux voire trois des QI calculés pour obtenir un QI total

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    • 24/11/2016 à 23 h 30 min
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      Merci pour toutes ces précisions. Effectivement, elle explique dans le livre que ces enfants ont un besoin de précision absolue concernant le langage et qu’ils digèrent difficilement les expressions ou les approximations et qu’ils ne pourront s’empêcher d’y réagir, ce qui du coup passe souvent pour de l’insolence alors qu’il n’en est rien. On a souvent aussi l’impression qu’ils n’écoutent rien en classe, ne sont pas concentrés, alors qu’au contraire ils captent absolument tout. L’auteure explique que leur capacité d’attention nécessite de faire deux ou trois choses en même temps de par leur intelligence en arborescence et que si l’on coupe une des activités, on coupe tout le circuit, tout le contraire d’un élève « classique » ..
      En ce qui concerne le QI de l’élève en question, je parlais du QI total mais je n’y connais pas grand chose sur le test qui je crois est le wisc IV. Ce que tu dis sur le fait qu’ils échouent à certains subtests à cause de leur particularité est très intéressant, je pensais honnêtement que les psy avertis étaient capables de palier à ça et d’éviter des résultats hétérogènes qui sont en quelque sorte faussés si je comprends bien. Jeanne Siaud-Facchin précise également que le Qi n’est qu’un indicateur mais qu’il ne suffit pas à détecter un zèbre.

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  • 08/02/2017 à 13 h 36 min
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    Merci pour cet article très intéressant. J’ajoute l’ouvrage à ma collection de « un jour, j’achèterai ça » :P.

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  • 19/02/2017 à 20 h 17 min
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    Intéressant à lire également pour compléter le sujet : le livre de l’enfant doué, Muriel Adda.
    Difficulté supplémentaire en classe : ne pas être en phase avec ses camarades de classe ou se fondre dans la masse au détriment de sa personnalité propre (on repère rapidement celui qui vous dit tristement : j’ai des copains mais je n’ai pas d’amis…)
    Merci pour tout ce travail et ce ^partage notamment sur ce sujet : j’ai beaucoup de mal à faire comprendre à mes collègues que HP ou doués ne signifie pas du toujours bon élève, mais qu’il faut quand même « donner à manger différemment voire plus complexe »

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  • 16/07/2017 à 16 h 29 min
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    Bonjour, je vous remercie pour avoir mis cette vidéo en ligne. Je suis enseignante spécialisée et j’accueille dans ma « classe » un élève de 7 ans avec 161 de QI qui est en grande souffrance dans son école. Pour avoir déjà eu une « petite zèbre », plus âgée, l’an dernier, j’avoue que j’ai dû me renseigner pour comprendre ses comportements spéciaux. Avec M. ce qui est compliqué c’est de faire comprendre à son enseignante qu’il faut lâcher certaines exigences (écrire la date avant de commencer.. etc.) De grande taille et avec un discours très mûr il est d’une extrême sensibilité et il a du mal à comprendre les discours implicites de ses compagnons de classe alors il n’a pas d’amis.
    Pour avoir accueilli deux enfants surdoués, je peux témoigner que chaque petit zèbre est vraiment différent, comme l’auteur le dit bien. De plus, être surdoué n’empêche pas d’être porteur d’autres troubles (dys mais d’autres encore).

    Enfin, je peux rajouter que les tests de QI ne donnent pas toujours une bonne idée des possibilités de l’enfant car par exemple la fillette dont je vous parle avait très peur des chronomètres et ratait tous les tests chronométrés alors que sans, elle battait tous les records !

    Enseigner dans une classe avec un petit zèbre peut s’avérer compliqué c’est vrai mais aussi un plaisir car l’enfant va vous pousser à aller plus loin dans votre précision et dans votre différenciation. Pourquoi toujours différencier vers le bas ?

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    • 28/07/2017 à 13 h 53 min
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      Bonjour, merci pour ce témoignage. Je confirme, c’est pas toujours simple, mais je m’aperçois que tout ce qui peut être mis en place pour ces élèves à haut potentiel est généralement bénéfique à toute la classe : autonomie, projets, ateliers, liberté d’organisation, prise en compte des intérêts du moment … J’en avais encore 2 cette année et oui ils étaient différents dans leur rapport à l’école mais ils avaient pas mal de points communs et étaient toujours ensembles …
      Et je suis complément d’accord, la différenciation doit aussi aller vers le haut, aucun intérêt à brider un élève en fonction de son âge ou de sa classe. Aucun intérêt à lui demander 10 exercices d’applications quand il dit qu’il a compris … Je pense que la différence entre un élève « classique » et un « zèbre », c’est que le zèbre est moins docile face aux incohérences pédagogiques dont nous pouvons malgré nous faire preuve en tant qu’enseignant. Ce qui peut engendrer une relation compliquée, mais en même temps nous pousser à nous remettre en question sur notre façon de faire.

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